Les hommes qui nous ont rendus gros

The men who made us fat

« The men who made us fat » est le nom d’une série d’émissions présentée par le présentateur et journaliste Jacques Peretti, diffusée sur BBC2 en 2012 et rediffusée cet été. Je suis tombée par hasard sur le premier épisode de la série qui en compte trois, que j’ai trouvé excellent !

Le sujet : « A travers le monde, l’obésité croit, il y a plus de gens en surpoids que de personnes sous-alimentées. Dans ce premier épisode, Jacques Peretti  suit la trace de ceux qui ont révolutionné nos habitudes alimentaires pour savoir comment les décisions prises aux Etats Unis il y a quarante ans influencent notre façon de nous nourrir aujourd’hui ».

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Il est clair que les Etats Unis et la Grande Bretagne ont des problèmes de surpoids et d’obésité autrement plus importants que les nôtres en France, mais si nous n’y prêtons pas garde, nous pourrions bien leur faire concurrence !…

Pour résumer cette heure d’émission, voici une petite synthèse :

De nos jours, un tiers des adultes américains sont obèses ; en Grande Bretagne c’est un quart de la population adulte qui est obèse et les deux tiers sont en surpoids.  En moyenne, les Britanniques pèsent 3 stones de plus qu’il y a cinquante ans, soit 19 kilos !

Les médecins traquent en particulier l’obésité caché, car dans le corps il y a la graisse externe qui se voit et la graisse interne, cachée autour des organes (graisse abdominale). Toute cette graisse est très mauvaise : risque de diabète, maladies cardiovasculaires …

Le présentateur, qui semble d’un physique tout à fait normal, s’est prêté au jeu et a subi l’examen d’un scanner.

tofi la graisse cachée

Les résultats ont révélé peu de graisse externe mais un fort taux de graisse cachée (en blanc sur le cliché). Il est ce qu’on appelle un « caramel » (toffee en anglais). En fait c’est  Thin Outside Fat Inside : TOFI, c’est à dire mince à l’extérieur, gros/gras à l’intérieur.

Pour comprendre l’origine de tout cela, il faut partir aux Etats Unis, dans les années 1970, sous la présidence de Nixon. Les ménagères américaines manifestent contre le coût trop élevé de la nourriture et Nixon, qui va se représenter aux élections, nomme Earl Butz ministre de l’agriculture en 1971. Celui-ci prône une agriculture intensive. C’est la fin des petites exploitations qui disparaissent au profit d’exploitations gigantesques. Toutes les terres sont cultivées, il n’y a plus de jachère. D’où une surproduction de maïs. L’invention d’un scientifique japonais tombe alors à pic, il s’agit d’un édulcorant à fort taux en fructose qui est extrait du maïs, une alternative peu chère au sucre dont le prix a augmenté. Du coup, les industriels de l’alimentation remplacent le sucre par ce sirop de maïs, ce qui multiplie leurs profits et enrichit également les fermiers américains.  Ce sucre de maïs est utilisé dans tous les plats industriels préparés aux Etats Unis, salés comme sucrés, et à partir de 1984, il remplace le sucre dans les sodas ce qui revient un tiers moins cher aux industriels comme Coca ou Pepsi !

Le maïs est partout dans l’alimentation américaine : dans un hamburger, le boeuf est élevé avec du maïs, le pain est fait avec du sirop de maïs pour une meilleure conservation, les frittes sont cuites dans l’huile de maïs, le ketchup est fait avec du sirop de maïs, le soda aussi !!! Or il faut savoir que l’index sucrant du sirop de maïs est de 120, il est donc plus sucré que le sucrose. Les industriels devaient en utiliser moins, mais en fait ils en utilisent plus !

Une partie du sucre ingéré est transformé en graisse par notre corps. Le fructose que l’on trouve dans le sirop de maïs ou dans le sucre de table peut se transformer en graisse. C’est la quantité consommée qui crée le danger. Les américains consomment 45 kilos de sucres ajoutés par an, le double de la consommation conseillée !

Des scientifiques ont découvert que la consommation de fructose accélérait l’obésité, il supprime l’action d’une hormone vitale, la léptine, aussi appelée hormone de la faim, qui régule les graisses et la sensation de satiété. Privé des messages de cette hormone, le cerveau pense que le corps a faim et se ressert. La consommation excessive de sucre crée donc une addiction, ce que les industriels réfutent bien sûr !

En Grande Bretagne, l’obésité est venue par d’autres voies. Les fabricants ont lancé la mode du snaking dans les années 70 avec de nouvelles plages horaires pour manger des choses nourrissantes et sucrées (par exemple les célèbres barres Milky Way), « la friandise que l’on peut manger entre les repas sans couper l’appétit » disait la pub de l’époque !!!… Cette mode a rapporté 6 milliards de livres sterling par an aux industriels britanniques !

A l’époque, les freezers ont fait leur entrée dans les cuisines britanniques. Des desserts surgelés ont donc été créés par les industriels pour que ces produits autrefois réservés aux jours de fête puissent être consommés au quotidien. Avec l’arrivée des plats cuisinés, les britanniques ont vu le nombre de calories consommées augmenter de façon importante. En 1974, Mc Donald’s est arrivé en Grande Bretagne. Vingt ans après, le nombre de restaurants fast food a été multiplié par quatre.

A l’époque, l’obésité n’était pas le sujet de préoccupation, c’était les problèmes cardiaques. Lorsque les autorités des deux pays ont commencé à s’émouvoir, différentes causes ont été avancées : la graisse ou le sucre, mais le lobby des industries sucrières américaines et britanniques ont fait taire l’étude du scientifique qui discréditait le sucre et c’est la graisse qu’ils ont accepté de traquer. Qu’à cela ne tienne, ils ont inventé un nouveau type de produits, les « low fat », produits allégés en matière grasse. Le problème c’est que les gens, suite à des campagnes marketing bien au point, se sont jetés dessus pensant que ces produits ne faisaient pas grossir. Or, pour garder le goût aux produits allégés en gras, les industriels ont rajouté du sucre ! « Un triomphe pour le commerce, une catastrophe pour la ligne »!

http://www.bbc.co.uk/programmes/b01jxzv8

Ou comment pour le profit de quelques-uns, on met en danger la vie du plus grand nombre ! Edifiant, non ?!… La seconde partie sera diffusée jeudi soir et traitera du concept du « supersizing » (l’augmentation des portions).

En parallèle, la chaîne rediffuse aussi « The men who made us thin » (les hommes qui nous ont rendus minces), autrement dit les industriels et le business de la minceur et des régimes. J’ai été très intéressée par le premier épisode, je vous en parlerai très prochainement. C’est particulièrement édifiant !

 

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A propos fenotte2003

Passionnée par les voyages (en France et très loin), la photo, la vidéo, le cinéma britannique, les romans policiers ...
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