Les hommes qui nous ont rendus gros – « The men who made us fat » – 2ème partie

téléchargement Où un pot de popcorn serait à l’origine de l’épidémie d’obésité aux Etats Unis ! …

Un second épisode particulièrement intéressant à voir en replay sur le player de la BBC et que je vous résume ci-dessous :

Dans ce volet, Jacques Peretti s’intéresse à ceux qui nous ont poussés à manger plus, en axant son enquête sur la population de la Grande Bretagne et des Etats Unis.

L’émission commence en Grande Bretagne chez Jester’s diner, un restaurant de Great Yarmouth dans le Norfolk, qui propose des petits déjeuners aux noms très évocateurs : Big Boy (grand garçon), Fat Boy (gros garçon) et le démesuré « Jester challenge kidz breakfast »(que l’on pourrait traduire par le petit déjeuner « enfant », le défi de Jester).

kidz breakfast

Ce dernier vous coûtera 15 livres sterling (entre 17 et 18 €) et vous aurez une heure pour venir tout seul au bout de votre gigantesque assiette. Si vous y arrivez, le patron vous remboursera vos 15 livres. Pour ce faire, il vous faudra quand même ingérer plus de 4 kilos de nourritures diverses et variées, très riches en graisses, le poids d’un enfant, d’où le nom de kidz breakfast. Pour ce petit déjeuner gargantuesque et digne d’Obélix, il vous faudra engloutir : une omelette au fromage et aux pommes de terre réalisée avec 8 œufs, 12 tranches de bacon et 12 saucisses, des pommes de terre sautées, des champignons, une galette de pomme de terre, du boudin et pour accompagner cela 4 tranches de pain frit, 4 toasts et 4 tranches de pain beurré. Jacques Peretti n’a pas réussi à relever le défi et c’est heureux pour ses artères !

Le patron dit qu’on lui en commande en moyenne deux par jour !

http://www.bbc.co.uk/news/magazine-18490459

http://youtu.be/o9Xh8eTP5Wk

Mais d’où est venue cette idée d’augmenter les portions de façon extrême, ce que les américains appellent supersizing ? L’idée a germé en 1967 dans la tête de David Wallerstein qui dirigeait la chaîne de cinémas Balaban à Chicago. Il a changé la taille des pots de popcorn et a proposé des pots de grande taille (supersize). Ce qui coûte cher, ce n’est pas le popcorn,  la matière première, c’est l’emballage. Augmenter la taille du conditionnement ne leur a donc pas coûté trop cher. Les prix ont augmentés bien-sûr mais de façon modérée et les clients ont eu l’impression de faire une bonne affaire.

popcorn

La même recette a été appliquée pour les verres de sodas vendus au cinéma.

soda

Les américains ont donc commencé à manger et à boire en plus grandes quantités et la chaîne de cinéma a vu ses profits augmenter. Wallerstein a été approché par Mc Donald’s qui l’a nommé à son board et il a décidé d’appliquer ses idées aux burgers malgré l’opposition du fondateur, Ray Kroc. Il n’a donc d’abord testé ses théories que sur le Mc Do de Chicago.

Il pensait que les gens n’aimaient pas acheter une seconde portion de frites, par exemple, ne voulant pas passer pour des gloutons alors qu’ils léchaient jusqu’à la dernière miette au fond de leur carton, et qu’il suffisait donc de leur vendre de plus gros conditionnements.

frites

En 1972, les tailles ont donc été augmentées et les consommateurs ont suivi. Les autres chaînes de fastfood ont fait la mêmem chose. Pour eux c’était simple, le consommateur qui avait fait un gros repas chez eux le midi, n’avait qu’à manger moins le soir pour compenser l’apport en calories ! Malheureusement, notre corps ne fonctionne pas tout à fait comme cela !

En 1974, à la New York City University, le professeur Anthony Sclafani a réalisé une étude sur l’appétit et le comportement des rats (semblable à celui des humains). Pour leur faire prendre du poids de façon très rapide, il leur a donné à manger les choses grasses et sucrées dont raffolaient les étudiants : des cookies, des confiseries, du lait, du chocolat. La prise de poids a été immédiate et très rapide.

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Pour l’homme, c’est la même chose, nous sommes programmés biologiquement à chercher de la nourriture qui apporte de l’énergie rapide. Notre corps recherche donc les produits à forte teneur en calories lorsqu’il y a abondance pour stocker des réserves et assurer la survie de l’espèce en cas de disette ou de famine. Si on consomme peu de produits sucrés et gras, pas de problème, c’est l’abondance de ces produits sur le marché au rayon des magasins qui fait que c’est difficile d’y résister.

En Grande Bretagne, dans les années 70, moins de 2 % des adultes étaient obèses. Et puis les chaînes de restauration rapide ont débarqué des Etats Unis :  Wimpy d’abord qui proposait burgers and fries (des burgers et des frites), puis Mc Do, ceci à des prix très compétitifs et les familles qui mangeaient jusqu’alors à la maison ont pris l’habitude d’aller au fastfood. Ces chaînes de restaurants ont eu l’idée de lancer en 1980 les Counter Services où les gens achetaient de la nourriture à emporter (takeaway), ce qui était beaucoup plus rentable : 1 million de livres sterling de chiffre d’affaires annuel pour un restaurant de ce style contre 200 à 300.000 livres par an seulement pour un fastfood de première génération où le client consomme sur place !

La publicité s’y est mise elle aussi, vantant l’avantage des portions plus grosses.

Dans les années 80, alors que les fastfoods étaient en plein boom en Grande  Bretagne, leur chiffre d’affaires stagnait aux Etats Unis mais la chaîne Tex Mex Taco-Bell a lancé le concept du bundling avec « the value meal », c’est-à-dire une boîte avec un repas complet : entrée, plat, dessert et une boisson. Mc Do a suivi. Ces menus proposaient de petites réductions, des discounts aux clients qui étaient contents mais de fait mangeaient plus qu’auparavant. Cela allait aussi beaucoup plus vite en caisse, moins de queue, plus de clients servis et donc plus de profits ! En trois ans, ces menus représentaient la moitié des ventes en fastfood. Et bien sûr ils ont inventé le menu supersize !

Les portions vendues aujourd’hui sont de deux à cinq fois plus grosses que celles des années 50 ! Autrefois, par exemple, un soda typique pour adulte n’était vendu qu’en un seul format de 7 oz (environ 200 ml). Maintenant le « small » (le petit) est deux fois plus grand. Il y a aussi le « medium » (moyen), le « large » (le grand) ou « Big Gulp » de 32 oz, près d’un litre,  soit 800 calories et l’équivalent de 50 cuillérées à café de sucre (!), et enfin le « Double Gulp », 2 litres de soda !

L’augmentation de la taille des portions accroît l’appétit, d’où la vague d’obésité qui s’est abattue sur les Etats Unis et la Grande Bretagne notamment.

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Ce que le supersizing des paquets de popcorn a entraîné aux Etats Unis, ce sont les snacks (ce qui se grignote entre les repas du style chips, biscuits, popcorn, beignets, barres chocolatées …) qui l’ont fait en Grande Bretagne.

unhealthy snacks

La publicité sur les chaînes de télévision britanniques pour les snacks du style Cadbury fingers, les fameux doigts au chocolat, a eu un tel impact que tous les enfants se sont retrouvés avec une friandise chocolatée dans leur boîte de repas tous les jours. Avec la concurrence entre les marques (Cadbury, Yorkie, Mars, Twix, Snickers), de plus grosses barres chocolatées ont été proposées aux adultes.

Dans les années 60, il était très mal vu de manger dans la rue en Grande Bretagne, le repas en famille autour de la table était sacré ; aujourd’hui les gens mangent à toute heure du jour debouts dans les rues  !

Au milieu des années 90, un enfant sur dix était obèse en Grande Bretagne. En 1996, le ministère de la santé britannique a commandé un rapport sur l’obésité infantile au professeur James qui préconisait de limiter la publicité télévisée pour les produits alimentaires destinés aux enfants mais la food & drink federation s’y est opposée et le rapport n’a jamais été publié.

En 2003, un comité a essayé de réduire l’impact du supersizing  sans réel succès, les industriels arguant que ce sont les parents qui doivent être tenus responsables de ce que mangent leurs enfants et que c’est le manque d’activité qui rend les gens obèses.

Une étude réalisée par un endocrinologue a montré que le surpoids, peut-être dû à une alimentation inappropriée, réduit l’activité physique. Les britanniques ont vu se développer des diabètes de type II chez les enfants. Les enfants britanniques ne sont pas moins actifs qu’il y a trente ans mais la plus grande partie des aliments qu’ils consomment sont de la nourriture industrielle ou vient de restaurants fastfood et les portions ont beaucoup augmenté.

En 2005, 8 milliards de livres sterling par an ont été consommés en Grande Bretagne en snacks  et plus d’argent a été dépensé par les familles en nourriture à emporter qu’en fruits et légumes ! Le snacking est donc ce qui a créé l’obésité en Grande Bretagne car ce n’est pas parce qu’ils grignotent entre les repas que les gens mangent moins au dîner !

Il y a quatre grandes chaînes de supermarchés en Grande Bretagne, ils pratiquent tous le « multibuy promotion » c’est-à-dire la vente promotionnelle en gros conditionnements. Jacques Peretti est allé faire ses courses dans un supermarché et a acheté tout ce qui était vendu de la sorte. Il a ainsi acheté un conditionnement de 6 canettes de cola plutôt qu’une ou 6 paquets de chips plutôt qu’un car ainsi le prix à l’unité est nettement moins élevé. Cette technique était autrefois utilisée par les supermarchés pour réduire des stocks trop importants, c’est devenu maintenant un outil tactique pour assurer la suprématie des marques ou celle des chaînes de supermarchés. Ainsi sont tout le temps en promotion ce qu’on appelle les « expandables » : les chips, les sodas, les chocolats. L’augmentation de la taille des conditionnements de ces produits est une arme dans la guerre des prix et est néfaste pour le consommateur car plus il achète grand et plus il surconsomme. Il y a eu l’an dernier une augmentation de 138 % du volume des promotions en Grande Bretagne !

Aux Etats Unis, un adulte sur trois est obèse et cela coûte 150 milliards de dollars aux services de santé. La taxe sur les sodas finira par y être appliquée un jour comme c’est le cas déjà en France et au Danemark. Pour l’instant le lobby des industriels a réussi à s’y opposer.

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A propos fenotte2003

Passionnée par les voyages (en France et très loin), la photo, la vidéo, le cinéma britannique, les romans policiers ...
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Un commentaire pour Les hommes qui nous ont rendus gros – « The men who made us fat » – 2ème partie

  1. Visiter blog dit :

    Article très intéressant ! Merci beaucoup !

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